(de-news.net) – La Banque centrale européenne (BCE) a autorisé UniCredit à porter sa participation dans Commerzbank au-delà de 30 %, sans plafond prédéfini, levant ainsi un obstacle réglementaire majeur dans le cadre de la tentative de rachat de la banque allemande par l’établissement italien. D’ici fin 2026, UniCredit espère détenir environ la moitié des droits de vote de la banque allemande, sous réserve d’autorisations complémentaires et du respect de certaines conditions. L’examen du dossier par la Commission européenne au titre du droit de la concurrence, ainsi que les discussions en cours, n’ont toutefois pas encore abouti. La direction de Commerzbank et le gouvernement allemand ont exprimé des inquiétudes quant à l’indépendance de la banque et aux risques de suppressions d’emplois.
UniCredit a franchi une étape réglementaire décisive dans sa volonté de prendre le contrôle de Commerzbank, la Banque centrale européenne (BCE) ayant autorisé l’établissement italien à porter sa participation au-delà de 30 %, sans limite supérieure fixée. Sous réserve d’autorisations réglementaires supplémentaires et d’autres exigences, UniCredit prévoit d’atteindre environ 50 % des droits de vote de Commerzbank d’ici fin 2026, ce qui lui conférerait, de facto, le contrôle de la banque allemande. Cette décision donne un nouvel élan à une opération de rachat qui se heurte à une vive opposition politique en Allemagne et soulève des interrogations sur l’avenir de l’une des principales banques commerciales du pays.
La décision de la BCE lève un obstacle majeur au projet d’échange d’actions envisagé par UniCredit. Grâce à son offre publique d’achat lancée en juillet, à des participations directes et à divers instruments financiers, la banque milanaise a pris position sur 47,59 % du capital de Commerzbank. En tenant compte des actions propres détenues par Commerzbank, cette participation équivaut à environ 49,65 % des droits de vote. Bien qu’UniCredit se rapproche d’une position lui permettant d’exercer un contrôle effectif, l’établissement n’a pas précisé les modalités exactes par lesquelles il compte franchir les étapes restantes pour atteindre cet objectif.
L’examen par la Commission européenne est toujours en cours
L’opération n’est pas encore finalisée et demeure soumise à des procédures réglementaires et à des conditions supplémentaires. Parmi les étapes restant à franchir figure la décision attendue de la Commission européenne quant à la conformité de l’opération avec les règles de concurrence, prévue pour le 16 novembre 2026 au plus tard. UniCredit table sur la réalisation des conditions restantes vers la fin de l’année, ce qui pourrait lui permettre de porter ses droits de vote à environ 50 % et de prendre le contrôle de Commerzbank.
L’autorisation de la BCE était largement attendue. L’organe de surveillance de la Banque centrale européenne a, à maintes reprises, exprimé son soutien à la consolidation bancaire transfrontalière au sein de l’Union européenne, y voyant un levier pour renforcer le marché unique. Toutefois, cette approbation ne constitue qu’une étape du processus ; les décisions réglementaires encore en suspens et les conditions liées à l’opération détermineront si UniCredit sera en mesure de mener à bien ses projets selon le calendrier envisagé.
Commerzbank maintient sa stratégie d’indépendance
La direction de Commerzbank s’est opposée au projet d’acquisition, faisant valoir que la contrepartie proposée ne reflète pas adéquatement la valeur intrinsèque de la banque. En conséquence, l’offre a suscité une participation limitée de la part des investisseurs institutionnels indépendants et des investisseurs particuliers. Commerzbank continue de poursuivre sa propre stratégie, baptisée « Momentum 2030 », réaffirmant sa volonté de demeurer indépendante tout en restant ouverte à des échanges constructifs avec UniCredit. Les deux banques sont d’ores et déjà en pourparlers concernant un éventuel rapprochement. Ces discussions interviennent alors qu’UniCredit continue de renforcer sa position au sein de Commerzbank et se prépare à satisfaire aux exigences réglementaires restantes. La capacité de ces échanges à concilier les positions divergentes des deux établissements demeure un facteur déterminant pour l’aboutissement éventuel de l’opération.
Les tentatives d’UniCredit pour acquérir Commerzbank se sont intensifiées depuis environ deux ans, malgré la résistance des milieux politiques et économiques allemands. L’établissement italien, déjà présent en Allemagne via HypoVereinsbank, entrevoit la possibilité de réaliser des milliards d’euros d’économies grâce à un rapprochement. Un tel projet pourrait entraîner la suppression de milliers d’emplois ainsi qu’une réduction du réseau international de Commerzbank.
La perspective de tels changements a suscité, à Francfort, des inquiétudes quant à l’emploi, à l’indépendance stratégique de la banque et au lieu où sera établi son siège social à l’avenir. On craint également qu’un éventuel rapprochement avec HypoVereinsbank ne conduise, à terme, au transfert du siège social de Francfort vers Munich. Ces enjeux confèrent au projet d’acquisition une dimension plus vaste, touchant à la stratégie d’entreprise et aux intérêts économiques, bien au-delà de la simple question de la détention des actions de Commerzbank.
Le gouvernement allemand réclame des garanties concernant l’emploi et le financement des entreprises
Le gouvernement allemand demeure une partie prenante majeure, détenant un peu plus de 13 % du capital de Commerzbank, suite à l’intervention financière de plusieurs milliards d’euros qu’il avait menée pour sauver la banque lors de la crise financière. Cette participation fait du gouvernement un acteur incontournable dans les discussions sur l’avenir de l’établissement, d’autant plus qu’UniCredit se rapproche d’une position de contrôle.
Le ministre des Finances, Lars Klingbeil, a souligné que tout accord devra préserver le statut de Commerzbank en tant que société cotée en bourse ayant son siège social à Francfort. Il a également insisté sur la nécessité de maintenir l’activité importante de financement des petites et moyennes entreprises (PME) assurée par la banque, tant en Allemagne qu’à l’international. Le gouvernement souhaite que Commerzbank continue de jouer son rôle dans le financement des entreprises allemandes, tout en préservant les intérêts de ses quelque 40 000 salariés, notamment en évitant les licenciements contraints.
À l’issue d’une première rencontre à Berlin avec Andrea Orcel, directeur général d’UniCredit, Klingbeil a qualifié de constructifs les échanges portant sur les conditions posées par le gouvernement. Les équipes des deux parties ont poursuivi leurs discussions, ce qui témoigne de la poursuite des négociations, parallèlement à l’avancement des procédures réglementaires. Andrea Orcel s’est par ailleurs montré confiant quant à la possibilité, via de nouvelles discussions, de définir une approche qui prenne en compte les intérêts des actionnaires et des autres parties prenantes. Toutefois, compte tenu de la participation persistante de l’État au capital et des priorités qu’il a exprimées, des enjeux tels que l’emploi, le maintien du siège social à Francfort et le rôle de Commerzbank dans le financement des entreprises resteront probablement des points centraux à mesure que le projet d’acquisition progressera.
Hausse du cours de l’action après la décision de la BCE
Les marchés financiers ont réagi favorablement à l’annonce de la BCE : l’action Commerzbank a progressé d’environ 1 à 1,5 % au cours de la séance de vendredi, atteignant par moments quelque 38,40 euros. Le titre UniCredit a également gagné environ 1 %, ce qui suggère que les investisseurs perçoivent la décision des autorités réglementaires comme un élément positif pour l’opération envisagée.
Malgré cette progression, l’action Commerzbank demeure environ 12 % en dessous de son plus haut niveau des 52 dernières semaines, qui était de 42,92 euros. Si la réaction du marché témoigne d’avancées vers une éventuelle prise de contrôle, l’issue finale reste toutefois conditionnée à de nouvelles décisions réglementaires et à la poursuite des discussions entre les parties.
La question centrale est de savoir si UniCredit parviendra, d’ici fin 2026, à transformer sa participation substantielle en un contrôle effectif, tout en répondant aux préoccupations allemandes concernant l’emploi, la stratégie d’entreprise et le siège social de Commerzbank. L’aval de la BCE constitue une étape importante vers cet objectif ; cependant, l’examen en cours par les autorités de la concurrence, le respect d’autres exigences et la poursuite des négociations détermineront si la banque italienne sera en mesure de mener le processus à son terme selon le calendrier prévu.