(de-news.net) – Le Conseil d’éthique allemand rejette l’instauration d’un âge minimum strict pour l’accès aux réseaux sociaux, privilégiant une approche réglementaire fondée sur les risques et applicable à l’ensemble des plateformes, y compris aux systèmes d’IA. Ce débat s’inscrit dans un contexte de préoccupations croissantes concernant l’exposition des jeunes aux risques du numérique, les défis éducatifs en milieu scolaire, l’évolution de la consommation d’information vers les réseaux sociaux et l’émergence de nouvelles dynamiques comportementales dans les interactions entre humains et IA.

Une semaine après avoir rejeté une interdiction totale des réseaux sociaux pour les mineurs, le Conseil a réaffirmé le rôle crucial de ces plateformes numériques pour répondre aux besoins de communication et d’information des jeunes, soulignant ainsi la cohérence de sa position récente. Selon Helmut Frister, président du Conseil, la difficulté majeure réside dans la nécessité de trouver un équilibre entre, d’une part, le désir des enfants et des adolescents de participer aux environnements numériques et d’y gagner en autonomie, et, d’autre part, la nécessité d’assurer leur protection et leur bien-être. Compte tenu de cette tension, le Conseil a conclu que l’instauration d’un âge minimum légal pour l’utilisation des réseaux sociaux ne constituerait pas une solution adaptée ou suffisamment précise aux défis identifiés.

Les participants ont plutôt préconisé une mise à jour et une adaptation structurelle des espaces numériques afin de mieux accueillir les jeunes utilisateurs, dans une optique de durabilité et de sécurité. Selon Judith Simon, philosophe et porte-parole du Conseil, les risques tels que l’addiction aux algorithmes, la manipulation, le cyberharcèlement, les contenus violents, la pornographie et l’extrémisme ne se limitent pas aux réseaux sociaux, mais reflètent des caractéristiques systémiques plus larges des écosystèmes numériques contemporains. Elle a ajouté que les mineurs utilisent de plus en plus les technologies d’IA générative (comme les agents conversationnels et les générateurs d’images), ce qui soulève des préoccupations comparables et connexes en matière d’exposition, d’influence et de dépendance comportementale. Selon l’analyse du Conseil, les restrictions fondées sur l’âge occultent ces risques plus vastes et transversaux ; elles risquent en outre d’inciter involontairement les jeunes utilisateurs à se tourner vers d’autres services d’IA potentiellement moins réglementés.

En conséquence, le Conseil a prôné la mise en place d’un système de protection fondé sur les risques, s’appliquant de manière cohérente tant aux réseaux sociaux qu’aux autres services numériques, avec des mesures de sauvegarde calibrées en fonction de la gravité et de la probabilité des préjudices constatés. Si les dispositions actuelles du règlement sur les services numériques (Digital Services Act) constituent une base structurelle solide, le Conseil estime que les fournisseurs de plateformes devraient être davantage responsabilisés et que les mécanismes d’application devraient être renforcés dans la pratique. Simon a également soutenu que la législation allemande sur les médias destinés aux jeunes nécessitait une actualisation systématique et que les dispositifs de protection des mineurs devaient être explicitement étendus aux applications d’IA, afin de refléter la convergence technologique.

Inquiétude des enseignants face à l’irruption des bouleversements numériques et des risques en ligne dans les salles de classe

De son côté, l’Association allemande des philologues a préconisé un plan plus précis et opérationnel pour encadrer l’usage des réseaux sociaux en classe. Sa présidente, Susanne Lin-Klitzing, a souligné que les enseignants ont besoin de stabilité opérationnelle et d’orientations juridiques claires, notamment pour répondre aux préoccupations des parents, gérer les cas de harcèlement et faire face aux contenus en ligne nuisibles affectant le milieu scolaire. Elle a indiqué que les enseignants doivent fréquemment gérer, directement dans le cadre pédagogique, des situations telles que la désinformation perturbatrice, les comportements addictifs et diverses formes de harcèlement en ligne, souvent sans soutien institutionnel suffisant. En conséquence, l’association a appelé à une réponse sociétale globale impliquant les parents dès les premières étapes de l’enseignement primaire.

Selon les données d’une enquête menée auprès de 1 015 enseignants en mai et juin 2026, un manque général de confiance prévaut quant à l’utilisation des réseaux sociaux à l’école, témoignant d’une incertitude largement répandue dans les pratiques éducatives. Huit pour cent des répondants se sont dits dépassés, tandis qu’environ la moitié ont exprimé un sentiment d’insécurité face à ces problématiques. Les préoccupations jugées les plus urgentes concernaient l’usage excessif et les comportements addictifs (79 %), suivis par les distractions liées aux smartphones en classe (70 %), ainsi que le cyberharcèlement, le « sexting », les discours de haine et la désinformation (63 %). Une large majorité a plébiscité la mise en place de directives établies, de conseils pratiques, de formations juridiques et, dans certains cas, de services de soutien psychologique, bien que 40 % des enseignants aient indiqué se sentir à l’aise pour gérer les conflits liés aux réseaux sociaux lorsqu’ils surviennent.

Parallèlement, la police a émis de nouvelles mises en garde concernant le « Blackout Challenge » à la suite d’un incident survenu dans un établissement secondaire de Rhénanie-Palatinat, soulignant ainsi les inquiétudes persistantes quant aux comportements d’imitation. Selon les enquêteurs, un adolescent de 13 ans est soupçonné d’avoir agressé un camarade de classe de 14 ans en l’étranglant jusqu’à lui faire perdre connaissance. Les autorités ont insisté sur le fait que les pratiques impliquant une privation d’oxygène ou un étranglement peuvent entraîner des conséquences graves, notamment des lésions cérébrales irréversibles, et ont rappelé que de tels incidents avaient déjà été associés à des décès dans des contextes similaires.

Les habitudes de consommation de l’actualité révèlent également l’impact structurel croissant des canaux numériques sur les comportements en matière d’information. D’après le rapport Reuters Institute Digital News Report 2026, 60 % des Allemands âgés de 18 à 24 ans s’informent généralement via les réseaux sociaux, tandis que 17 % en font leur source d’information exclusive ou principale. À titre de comparaison, 36 % de la population, tous âges confondus, utilisent les réseaux sociaux pour accéder à des contenus d’actualité. La part d’audience de la presse écrite, de la radio et de la télévision traditionnelle continue de diminuer, en particulier chez les jeunes utilisateurs, reflétant une mutation structurelle durable de la consommation médiatique. Les jeunes répondants ont également manifesté une moindre confiance envers les sources d’information, tout en exprimant une inquiétude générale quant à la difficulté de distinguer le vrai du faux dans les environnements numériques. Bien qu’ils ne soient utilisés que par une faible proportion de la population, les agents conversationnels (chatbots) basés sur l’IA sont de plus en plus adoptés pour des tâches telles que la synthèse de contenu.

Selon Alfred Benedikt Brendel, les assistants dotés d’IA, tels que Siri et Alexa, remodèlent les comportements humains de manière subtile mais mesurable. S’appuyant sur des observations récentes, il a noté qu’en cas d’erreur, les utilisateurs insultent souvent verbalement ces systèmes ; ils réagissent comme si ces assistants étaient humains tout en ressentant moins de contraintes sociales du fait de leur nature non humaine. Des incidents similaires ont été signalés en milieu professionnel, où des employés entravent délibérément le fonctionnement de robots — une pratique que les chercheurs qualifient de « robomobbing » —, illustrant ainsi les dynamiques émergentes entre acteurs humains et systèmes automatisés dans le monde du travail.

Audio : TTSFree

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