(de-news.net) – Le Bundestag a approuvé une réforme majeure du secteur pharmaceutique visant à renforcer économiquement les pharmacies et à étendre leur rôle au sein du système de santé allemand. Si le gouvernement fédéral a présenté cette législation comme une réponse aux pénuries de services dans les zones rurales et aux inefficacités administratives, les critiques ont soulevé des inquiétudes quant aux coûts et au transfert de responsabilités médicales vers les pharmacies.
La chambre basse du Parlement allemand a confirmé vendredi la réforme pharmaceutique du gouvernement, accordant à la « Loi sur le développement des soins pharmaceutiques » la majorité requise pour son adoption. Cette législation a pour objectif de consolider la position économique des pharmacies tout en élargissant simultanément leurs fonctions au sein du système public de santé allemand. Selon l’argumentaire du gouvernement, la réforme répond à la combinaison de pénuries de personnel, de transformations structurelles au sein du secteur de la santé et d’une baisse de rentabilité qui affecte de plus en plus, en particulier, les petites pharmacies et celles situées en milieu rural. Outre l’amélioration des conditions économiques pour les établissements gérés par leurs propriétaires, le projet vise à réduire la charge réglementaire et bureaucratique, tout en favorisant une meilleure utilisation de l’expertise pharmaceutique déjà disponible au niveau local, notamment dans les domaines de la médecine préventive et des soins de proximité.
La loi introduit une vaste série d’ajustements réglementaires conçus pour améliorer à la fois la flexibilité opérationnelle et la continuité des services pharmaceutiques. Les exigences régissant la création de pharmacies succursales seront assouplies, permettant ainsi l’ouverture de points de vente supplémentaires dans des régions éloignées ou mal desservies, où l’accès aux médicaments est devenu de plus en plus limité. Des modèles de gestion plus flexibles sont également envisagés par la réforme, incluant des dispositifs permettant à des succursales ou des pharmacies satellites d’être placées sous la supervision conjointe de deux personnes, grâce à une répartition des responsabilités fondée sur l’organisation ou le temps de travail. Par ailleurs, les assistants technico-pharmaceutiques (PTA) expérimentés seront autorisés — sous certaines conditions et avec une autorisation officielle — à assumer temporairement des fonctions de direction afin d’assurer la continuité des activités pharmaceutiques dans les zones rurales confrontées à des pénuries de personnel ou à des perturbations opérationnelles.
La réforme suscite le débat sur les coûts et les responsabilités
Des dispositions supplémentaires élargissent considérablement l’éventail des services médicaux et préventifs que les pharmacies seront autorisées à fournir à l’avenir. Les pharmaciens recevront l’autorisation d’administrer des vaccins qui ne sont pas classés comme vaccins vivants, y compris les vaccins contre le tétanos et l’encéphalite à tiques (TBE). De même, les pharmacies et les établissements de soins agréés devraient obtenir l’autorisation d’effectuer des tests rapides pour détecter certains agents pathogènes courants. La réforme assouplit également partiellement les règles actuelles réservant certains actes aux médecins, en autorisant désormais les prélèvements sanguins au sein des pharmacies. Dans certaines circonstances définies, des médicaments sur ordonnance pourront par ailleurs être délivrés sans prescription médicale préalable, notamment dans les cas de traitements de longue durée ou d’affections aiguës non compliquées. Parallèlement à ces changements, le soutien financier aux services pharmaceutiques d’urgence doit être renforcé, l’accent étant mis tout particulièrement sur les zones rurales, où la fermeture continue de pharmacies suscite des inquiétudes quant à l’accès aux soins à long terme.
La ministre de la Santé, Nina Warken (CDU), a fait valoir que cette réforme permettrait d’intégrer plus globalement les pharmacies au sein de l’infrastructure nationale de santé et, par là même, de consolider l’offre de soins décentralisée. Toutefois, cette extension des compétences a suscité l’opposition de l’Association médicale allemande, qui a soutenu que les responsabilités diagnostiques et thérapeutiques devaient demeurer l’apanage de médecins dûment formés. D’autres volets de la réforme visent également à améliorer la stabilité économique des pharmacies, notamment par une augmentation du forfait de remboursement versé par les caisses d’assurance maladie légales afin de couvrir les frais de fonctionnement. L’Association nationale des caisses d’assurance maladie a toutefois mis en garde contre le fait que cette seule mesure risquait d’engendrer des coûts annuels supplémentaires d’environ 875 millions d’euros pour le système d’assurance publique.
Des critiques ont également été formulées par les partis d’opposition au cours du débat parlementaire. Paula Piechotta (Les Verts) a soutenu que la réforme ferait peser une charge de plusieurs milliards d’euros sur le système de protection sociale, tandis qu’Ateş Gürpinar (Die Linke) a dénoncé ce qu’il a qualifié d’incohérences et de revirements politiques répétés au sein du secteur de la santé. À l’inverse, Martin Sichert (AfD) a estimé que les augmentations prévues de la rémunération des pharmacies étaient insuffisantes et a réclamé des niveaux de rémunération nettement supérieurs.