(de-news.net) – L’Allemagne poursuit une stratégie numérique ambitieuse à deux volets, axée à la fois sur la modernisation des services sociaux publics et sur le développement des investissements dans les infrastructures et les technologies d’intelligence artificielle. Parallèlement au projet de plateforme en ligne unique pour les demandes d’aide sociale, les responsables politiques et les organisations patronales plaident de plus en plus pour une coordination européenne renforcée en matière de politique d’IA, ainsi que pour une mobilisation massive de capitaux privés afin de consolider la compétitivité technologique du continent.

Le gouvernement fédéral allemand entend créer une plateforme numérique centralisée permettant aux citoyens de solliciter en ligne l’ensemble des principales prestations sociales. Selon le ministre du Numérique, Karsten Wildberger, et la ministre du Travail, Bärbel Bas, cette initiative vise à simplifier les démarches administratives tout en uniformisant et en rendant plus accessibles les services sociaux publics à l’échelle nationale. Dans ce cadre, les demandes seraient soumises à distance, permettant ainsi aux citoyens d’éviter les documents papier, les courriers et les rendez-vous obligatoires en présentiel. Les demandeurs pourraient également suivre l’état d’avancement de leurs dossiers en temps réel et en ligne via cette même plateforme.

Bien que les deux ministres aient souligné que les services de consultation personnalisée resteraient disponibles et que les décisions finales concernant les prestations sociales demeureraient sous la supervision humaine, l’intelligence artificielle devrait jouer un rôle de soutien dans la modernisation du système. Le projet vise donc non seulement à améliorer l’efficacité, mais aussi à accélérer la transformation numérique de l’administration publique. Une commission d’experts, placée sous la tutelle conjointe des deux ministères, devrait entamer ses travaux sur cette initiative mercredi.

Parallèlement, les députés du SPD spécialisés dans les politiques numériques plaident pour un accroissement significatif des investissements du secteur privé dans la recherche et les infrastructures en intelligence artificielle. Dans une note stratégique, les membres du Bundestag Johannes Schätzl et Matthias Mieves ont affirmé que l’Europe ne devrait pas s’appuyer principalement sur des programmes d’expansion financés par des fonds publics pour faire face à la domination technologique des États-Unis et de la Chine dans le développement de l’IA. Ils ont soutenu que les budgets publics seuls seraient insuffisants et qu’il faudrait investir jusqu’à mille milliards d’euros de capitaux privés dans des projets d’infrastructures stratégiques et des technologies d’avenir à travers l’Europe.

La proposition du SPD vise à obtenir des financements privés

Cette proposition reflète l’inquiétude croissante, en Allemagne et au sein de l’Union européenne, face à la sophistication grandissante des systèmes d’IA, notamment des modèles comme « Mythos », que les décideurs politiques estiment susceptibles d’aggraver les risques de cybersécurité et d’intensifier les vulnérabilités stratégiques. Selon les parlementaires du SPD, l’accès à une capacité de calcul avancée devient non seulement un enjeu technologique, mais aussi une question d’influence géopolitique et de sécurité nationale. D’après eux, la résilience à long terme de l’Europe nécessiterait des investissements substantiels dans les infrastructures d’IA, les gouvernements agissant moins comme financeurs directs et davantage comme coordinateurs capables d’orienter les capitaux privés vers les secteurs stratégiques.

Schätzl et Mieves ont également fait valoir que les pays disposant de modèles d’IA avancés et d’infrastructures de calcul haute performance seraient mieux armés pour identifier les vulnérabilités, sécuriser les systèmes critiques et réagir rapidement aux menaces émergentes. Leur stratégie préconise donc une participation accrue des assureurs, des fonds de pension et des investisseurs institutionnels au financement des ressources de calcul pour l’IA, des start-ups technologiques, des entreprises en phase de croissance et des fournisseurs de technologies européens. Pour stimuler l’investissement, le document du SPD propose des garanties d’achat publiques pour certains services de calcul d’IA, un mécanisme destiné à créer des conditions de marché plus prévisibles pour les investisseurs. Parallèlement, les gouvernements conserveraient la possibilité d’imposer des normes en matière de cybersécurité, de protection des données, d’efficacité énergétique, de structures tarifaires, de localisation de la production et de conditions de travail. Les auteurs estiment que de telles incitations ciblées seraient préférables à des programmes de subventions généralisés et inconditionnels.

De son côté, le Conseil économique de la CDU a appelé à une coordination européenne renforcée en matière de recherche sur l’IA et de stratégie réglementaire. Son secrétaire général, Wolfgang Steiger, a soutenu que les stratégies nationales en matière d’IA devraient être davantage alignées sur le cadre « Appliquer l’IA » de la Commission européenne, qui vise à accélérer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les principaux secteurs industriels et l’administration publique. Selon lui, l’Europe ne pourra établir un marché unique numérique compétitif et consolider son rôle à long terme de centre technologique et d’innovation indépendant qu’à travers des écosystèmes d’innovation coordonnés, la mise en commun des ressources et la réduction des chevauchements institutionnels.

Steiger a par ailleurs souligné que l’intelligence artificielle ne devait pas être considérée uniquement comme une discipline de recherche, mais comme un instrument central de transformation économique et de modernisation industrielle. Le programme global de l’Allemagne en matière de hautes technologies doit être examiné par le Conseil des ministres ce mercredi ; à l’issue de cette réunion, la ministre de la Recherche, Dorothee Bär, devrait présenter les feuilles de route stratégiques du gouvernement lors d’une conférence de presse.

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