(de-news.net) – Au sein de la coalition gouvernementale allemande, le projet de réforme fiscale du ministre fédéral des Finances, Lars Klingbeil (SPD), se heurte à une forte opposition, notamment de la part des parlementaires de la CDU et de la CSU. Des interrogations grandissent quant à l’ampleur réelle des allégements fiscaux que ce plan permettrait d’obtenir. L’Association des contribuables a également critiqué le projet, accentuant ainsi la pression extérieure à la coalition. Au cœur du débat se trouve la question de savoir si la proposition permettrait réellement de réduire la pression fiscale, comme cela avait été présenté comme l’un des principaux points de désaccord avec la réforme. La CDU/CSU s’oppose également à la restriction des avantages fiscaux pour les associations à but non lucratif, arguant que les recettes annuelles supplémentaires ne justifieraient pas le conflit politique et ne seraient pas conformes à l’engagement du gouvernement de renforcer l’engagement bénévole.

Les révisions prévues par Klingbeil ont suscité de vives critiques de la part de Daniel Peters, président de la CDU dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, qui estime que le projet est loin de tenir ses promesses en matière d’allégements fiscaux. Selon Peters, moins d’un tiers des quelque 10 milliards d’euros de réductions d’impôts initialement envisagées seraient maintenus dans le cadre de la proposition actuelle. Il a averti que la persistance de l’opposition du SPD pourrait avoir des conséquences politiques et économiques, tandis que les travailleurs et les ménages attendent toujours un allègement fiscal substantiel.

Le chef du groupe parlementaire CSU, Alexander Hoffmann, s’est quant à lui opposé aux propositions visant à réduire les avantages fiscaux accordés aux associations. Il soutient que la réduction des abattements fiscaux pénaliserait de manière disproportionnée les organisations qui disposent souvent de réserves financières limitées, tout en négligeant l’importance plus générale de l’engagement bénévole. Selon lui, imposer des charges fiscales supplémentaires affaiblirait la participation citoyenne au lieu de la renforcer. Cette controverse survient alors que les dispositions détaillées de la réforme n’ont été précisées que récemment : bien que la direction de la coalition ait présenté ses grands principes le 2 juillet, les mesures spécifiques figurent dans le projet de loi ultérieur. La mise en œuvre est prévue en deux étapes, débutant en 2027 et se poursuivant jusqu’en 2028. Si le dispositif vise principalement à alléger la charge fiscale des familles, il prévoit simultanément une augmentation de l’imposition des hauts revenus et la suppression ou la réduction de plusieurs avantages fiscaux existants.

Selon les mesures proposées, les allocations familiales passeraient de 259 euros à 267 euros en 2027, puis à 272 euros en 2028. L’abattement forfaitaire pour les salariés augmenterait de 1 230 euros à 1 430 euros en 2027, tandis que l’abattement fiscal de base atteindrait 12 900 euros d’ici 2028. Parallèlement, le taux marginal d’imposition sur le revenu de 42 % s’appliquerait à un revenu imposable de 70 601 euros, soit un montant légèrement supérieur au seuil actuel de 69 879 euros. La rémunération non imposable du travail effectué les dimanches et jours fériés serait également augmentée, constituant ainsi un allègement supplémentaire du dispositif.

Une partie du financement de ces mesures proviendrait d’une hausse de l’imposition des hauts revenus. Un nouveau taux marginal d’imposition de 47 % est prévu pour les revenus à partir de 280 000 euros, tandis que le taux actuel de 45 % s’appliquerait à partir de 250 000 euros. Ensemble, ces changements devraient générer environ 2,8 milliards d’euros de recettes supplémentaires à partir de 2028. D’autres mesures de financement prévoient la réduction de l’abattement fiscal pour les salariés, le relèvement du taux forfaitaire d’imposition sur les mini-emplois à 5 % et la limitation de la déductibilité fiscale des prestations de services spécialisées. Cette combinaison met en évidence la principale tension de la proposition : les allégements fiscaux dans certains domaines s’accompagneraient d’une augmentation de la pression fiscale ou d’une réduction des avantages fiscaux ailleurs.

Un autre point de désaccord concerne l’absence de prise en compte de l’effet de glissement des tranches d’imposition. Ce phénomène se produit lorsque les salaires nominaux augmentent juste assez pour compenser l’inflation, mais entraînent néanmoins une hausse de la pression fiscale effective sur les contribuables, ce qui peut laisser leur pouvoir d’achat réel inchangé, voire le réduire. Les précédents gouvernements fédéraux ont systématiquement compensé cet effet, ce qui fait de son traitement un enjeu majeur du débat actuel. Le président du FDP, Wolfgang Kubicki, a fait valoir que ne pas s’attaquer à l’effet de glissement des tranches d’imposition constituerait un nouveau manquement à un engagement de la coalition et exercerait de fait une pression financière supplémentaire sur les contribuables pour financer un État en expansion et des dépenses publiques croissantes.

Klingbeil aurait abordé les négociations de coalition avec des propositions prévoyant un allègement compris entre 17 et 28 milliards d’euros, soit un montant nettement supérieur à celui figurant dans le projet actuel. Toutefois, ces plans ne disposaient pas d’un financement adéquat. Le SPD a par la suite fait valoir que l’Union avait rejeté des mesures visant à générer des recettes supplémentaires, notamment la suppression de certains avantages fiscaux tels que le régime préférentiel applicable à l’usage privé des véhicules de fonction. Ce désaccord reflète donc non seulement des divergences d’appréciation quant à l’ampleur de l’allègement souhaité, mais aussi des positions contradictoires sur les modalités de financement de cet allègement.

Les dispositions de la réforme fiscale suscitent de vives critiques de la part de la CDU/CSU

Selon la proposition, les recettes de l’impôt sur le revenu diminueraient de près de 3 milliards d’euros en 2027 et d’un total de 6,99 milliards d’euros en 2028. Le ministère des Finances a soutenu que, si l’on considère les deux étapes conjointement, l’effet cumulé représenterait un allègement d’environ 10 milliards d’euros en 2028 par rapport à 2026. Ce calcul reflète la structure de la réforme, combinant des mesures introduites en 2027 et des réductions supplémentaires entrant en vigueur l’année suivante.

La proposition prévoit également une augmentation de 8 euros par mois des allocations familiales, une hausse de 300 euros de l’abattement fiscal pour enfant à charge et une augmentation de 216 euros de l’abattement fiscal de base à partir de janvier 2027. Le taux d’imposition de 45 % applicable aux hauts revenus s’appliquerait à partir d’un revenu annuel brut de 250 000 euros, tandis que le taux de 47 % s’appliquerait à partir de 280 000 euros. En 2028, l’abattement de base augmenterait de 336 euros supplémentaires, et les allocations familiales seraient relevées de 5 euros de plus par mois. Cette structure échelonnée vise à répartir les effets budgétaires de la réforme sur deux ans plutôt que de mettre en œuvre l’ensemble des mesures en une seule fois. Ces chiffres ont attisé la controverse politique, car les précédentes discussions au sein de la coalition avaient laissé entendre que la seule compensation de la « progression à froid » (l’effet de glissement fiscal dû à l’inflation) nécessiterait entre 7 et 8 milliards d’euros d’allègement en 2027. Dans ce contexte, le projet actuel suscite des interrogations quant à l’ampleur de l’engagement global du gouvernement en matière d’allègement fiscal. M. Klingbeil et le chancelier Friedrich Merz avaient par la suite indiqué que l’allègement annuel total, à partir de 2028, s’élèverait à environ 10 milliards d’euros.

La distinction entre allègement brut et net complexifie encore le débat. Selon les calculs de Reuters, moins de la moitié des quelque 10 milliards d’euros de réductions d’impôts brutes prévues par la proposition pour 2028 (par rapport à 2026) se traduirait par un allègement net pour les contribuables. Cet écart s’explique par les modalités de financement du dispositif, qui incluent des mesures visant à accroître les recettes fiscales par ailleurs. Par conséquent, le montant annoncé des réductions d’impôts ne correspond pas nécessairement à la somme dont les ménages et autres contribuables bénéficieraient réellement au final.

Le régime fiscal applicable aux associations s’est révélé être l’une des dispositions les plus controversées de la réforme. M. Klingbeil proposerait de ramener de 5 000 à 1 000 euros l’abattement accordé aux associations exerçant une activité économique. Cette mesure toucherait principalement les organisations ayant des activités commerciales — telles que les associations professionnelles et les clubs de sport professionnels — plutôt que les œuvres caritatives. Frauke Heiligenstadt, porte-parole du SPD pour la politique financière, a souligné que le processus législatif n’en était qu’à ses débuts et que les dispositions spécifiques seraient examinées lors des débats parlementaires. Elle a également rappelé les initiatives antérieures de la coalition visant à soutenir le bénévolat, notamment le relèvement des indemnités pour les activités honorifiques et les formateurs, le renforcement des protections en matière de responsabilité et le relèvement des seuils applicables aux activités économiques des organisations à but non lucratif.

Les Verts se sont montrés plutôt ouverts à la mesure proposée concernant les associations, soulignant qu’elle ne générerait que des recettes supplémentaires limitées et qu’elle s’appliquerait aux organisations exerçant une activité économique. Toutefois, Sascha Müller, membre du groupe parlementaire des Verts au sein de la commission des finances, s’est interrogé sur le choix du gouvernement de se concentrer sur des mesures d’ampleur modeste plutôt que de s’attaquer à ce qu’il considère comme des disparités plus profondes du système fiscal. Il a notamment pointé du doigt la fiscalité sur les successions et l’immobilier, domaines dans lesquels, selon lui, les personnes disposant d’un patrimoine très élevé peuvent continuer à échapper à des obligations fiscales importantes.

De leur côté, les partis de l’Union ont concentré leurs critiques sur la restriction envisagée des avantages fiscaux accordés aux associations exerçant une activité économique. Fritz Güntzler, porte-parole du groupe parlementaire CDU/CSU pour les questions financières, a fait valoir qu’un surcroît de recettes annuelles d’environ 45 millions d’euros ne justifiait pas le conflit politique susceptible d’éclater avec les associations. Une telle mesure serait particulièrement difficile à concilier avec la volonté affichée du gouvernement de renforcer l’engagement bénévole, a-t-il soutenu. Le différend dépasse ainsi le cadre du rendement fiscal relativement modeste de la disposition pour toucher aux priorités politiques plus larges du gouvernement.

M. Güntzler a également contesté l’inclusion de mesures ne figurant pas dans l’accord fiscal conclu par le comité de coalition début juillet. Parmi les dispositions qu’il a relevées figurent la suppression de l’abattement sur les avantages accordés aux salariés et des modifications concernant les bénéfices tirés de la cession de parts de sociétés de capitaux. Officiellement intitulé « Loi sur la réforme de l’impôt sur le revenu 2027 », le projet du ministère des Finances remplacerait l’abattement actuel de 5 000 euros — dont bénéficient les sociétés de capitaux, les associations et les masses patrimoniales imposables — par un seuil d’exonération de 1 000 euros. Selon le ministère, cette modification générerait environ 45 millions d’euros de recettes fiscales annuelles supplémentaires pour l’État fédéral, les Länder et les communes.

Le différend qui en résulte illustre la difficulté plus vaste à laquelle est confrontée la coalition : concilier les allègements fiscaux promis et la nécessité de financer les mesures prévues par la réforme. Si le projet prévoit des réductions ciblées pour les familles et d’autres contribuables, il repose également sur une hausse de la fiscalité ainsi que sur la réduction ou la suppression d’avantages fiscaux existants. Le désaccord politique porte donc non seulement sur l’ampleur de l’allègement lui-même, mais aussi sur les catégories devant en supporter le coût de financement.

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